Atsunobu Kohira

avec Leïla Simon

AUX FILS DE L'HISTOIRE

C’est l’histoire de moments qui se poursuivent bien au-delà de l’instant T. Des points de départ qui en même temps n’en sont pas, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant. C’est l’histoire d’une rencontre qui ne cesse de s’affiner.

C’est l’histoire de moments qui se poursuivent bien au-delà de l’instant T.

Leïla Simon :

Il y a des œuvres qui nous marquent. Des œuvres qui nous suivent. Des œuvres qui reviennent.
Il y a des artistes qui nous interpellent. Des artistes qui nous enrichissent. Des artistes qui nous accompagnent.
Et il y a des moments.
Des moments qui nous font basculer, qui nous projettent dans un flux de réflexions. Dans un monde à la fois clair et obscur, tant les idées et les sensations se bousculent.
Le point de départ qui en même temps n’en est pas un, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant.
 
Je suis l’artiste Atsunobu Kohira depuis 2010. On pourrait croire que tout a commencé autour d’un dîner chez une amie commune, Kana Sunayama avec qui je réalisais des commissariats d’exposition. On a parlé d’art, de sa démarche artistique ainsi que de tout autre chose. Puis, on a dû filer pour qu’il puisse prendre son train.
J’ai changé de ligne de métro, me suis posée sur un siège pour me relever instantanément. Il m’était impossible de rester assise.
 
Il y a des rencontres qui nous font tellement du bien que l’on n’a qu’une envie c’est de courir, d’écrire, de parler, de danser quand les mots ne sont pas assez précis. Bref, d’avancer dans nos réflexions, de les poursuivre et surtout de ne jamais arriver au bout.
Le point de départ qui en même temps n’en est pas un, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant.
 
Depuis, Atsunobu Kohira et moi travaillons ensemble sur de nombreux projets. On se suit. Ou comme vous l’aurez compris, on s’accompagne.
La préparation de son exposition personnelle, « Pérennité passagère », qui s’est tenue à l’Espace d’art contemporain Les Roches en 2014, a été un de ces moments si particuliers. Surtout celui pour confectionner l’huile essentielle.

 

Une matière, une simple matière noire, à ressentir, à vivre. Non pas un gouffre mais une matière paradoxalement opaque et fluide.
Puis une impression de profondeur d'où se détachent des ombres noires aux tonalités variées. Des bruits aux sources confuses.
Cette profondeur laisse place, peu à peu, à une sensation d'immensité où chaque son détient sa place, éclot là où il faut quand il faut. L'obscurité nous enveloppe. Nos sens sont en éveil captant avec minutie les moindres variations. Au fur et à mesure que le temps s'écoule, tout devient plus précis. On entend, on voit mais surtout on ressent le crépitement du feu, les gestes consciencieux d'Atsunobu Kohira pour l'attiser et le raviver, l'huile essentielle s'écoulant goutte à goutte. Les échelles s'inversent, le temps se dilate. La nuit devient une matière nous permettant de mieux voir, de ressentir ce moment d'immédiateté pérenne, de vivre l'œuvre.
 
Sur la pointe d'une herbe
devant l'infini du ciel
une fourmi.
Hôsai

 

Leïla Simon, 2014 – extrait du texte Sur la pointe d’une herbe pour l’exposition Pérennité passagère.

 
Ce moment a agi tel un révélateur de la démarche d’Atsunobu Kohira. Bien sûr, tout était déjà là, latent. Il fallait juste que tout prenne forme.
Ce moment a agi tel un révélateur sur ma démarche.
Le point de départ qui en même temps n’en est pas un, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant.
 
 
Leïla Simon pour Atsunobu Kohira :

La démarche d’Atsunobu Kohira a elle aussi été marquée, a basculé suite à un moment si particulier. Ce moment s’est étiré dans le temps. Il a commencé à un instant T pour le conduire plus loin en arrière, puis beaucoup plus loin, pour enfin le rattraper dans un temps un peu plus proche, jusqu’à se trouver à ses côtés.
 
Ce moment si particulier je l’ai découvert au fur et à mesure de nos échanges, de ce qu’il en discernait.
 
La catastrophe nucléaire de Fukushima incita définitivement Atsunobu Kohira à revoir sa démarche aussi bien au niveau technique, matériel que conceptuel. Travailler en lien avec l’écosystème est devenu une nécessité pour l’artiste.
Le point de départ qui en même temps n’en est pas un, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant.
 
Atsunobu Kohira est né à Hiroshima. La crainte, la terreur du nucléaire, il connaît. 
C’est aussi dans cette ville qu’il a côtoyé le processus de la mort, en restant auprès de sa mère jusqu’à la fin.
Cela fait déjà quelque temps que l’animisme l’intéresse.
Ayant quitté depuis de nombreuses années son pays natal, il s’interroge sur son identité. Il observe, de loin, ses origines.
Toutes ses réflexions reviendront plus tard, avec la naissance de son fils où il est au plus près, cette fois-ci, du processus de la vie.
 
Mais ces questionnements en accompagnent d’autres. Atsunobu Kohira parle le japonais, le français et l’anglais. Trois langues qu’il ne maîtrise pas assez pour s’exprimer comme il le souhaiterait. C’est pourquoi sa rencontre avec l’art a été essentielle.
Le point de départ qui en même temps n’en est pas un, car pour que l’histoire commence il a fallu bien évidemment qu’il se déroule de nombreuses choses auparavant.
 
Ce moment si particulier qui tourne autour du cycle de la vie, il a souhaité que je vous en donne quelques clés avant que vous puissiez le découvrir à travers ses propres formes d’expression.